Nutrigeo : revitaliser les sols et limiter le ruissellement

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Nutrigeo : revitaliser les sols et limiter le ruissellement
Dans ce champ de lin, Tilleulo ne passe pas inaperçu. C’est la mascotte, conçue par les filles de Sébastien Boury pour mettre en avant ses pratiques favorables à l’environnement. © Les Informations dieppoises / Marie Lemaistre

Par Marie LEMAISTRE
Publié le 15 sept. 2026 à 20h20

« Des premiers résultats exceptionnels. » En avançant dans sa parcelle de lin encore haut, à la mi-juin, Sébastien Boury pouvait observer les plants, satisfait. Aucun lin n’a versé. « C’est un lin qui est beau pour l’année. Quand un sol vit bien, la culture qui est dessus aussi. »

Les 17 et 18 juin 2026, l’agriculteur de Bacqueville-en-Caux (Seine-Maritime) s’est rendu au salon Lin’ovation, dédié à la filière lin textile, à tous les acteurs de la culture et à ses innovations, dans la Somme. Là-bas, l’exploitant a pu échanger avec d’autres acteurs du monde agricole au sujet de NutriGeo. Le produit, développé par la start-up bretonne Gaïago, est expérimenté sur son exploitation depuis trois ans.

Un produit prébiotique

Le principe est simple: une solution à base d’algues 1, appliquée au pulvérisateur, une fois par an.

Selon l’entreprise, cette solution prébiotique restaure les sols en favorisant l’activité de champignons bénéfiques, qui jouent un rôle dans le stockage durable du carbone sous forme de matière organique. Il a trois objectifs: stimuler la vie biologique des sols, améliorer leur structure et accroître leur capacité de stockage du carbone.

Démarché en 2021, Sébastien Boury accepte d’intégrer la première promotion test. Il débute sur 20 hectares de lin l’année suivante. Aujourd’hui, plus des deux tiers de l’exploitation, répartie entre Bacqueville-en-Caux, Lamberville, Bertreville, Saint-Aubin-sur-Scie et Hermanville, sont couverts, en bio comme en conventionnel.

Le protocole est précis. « Quand on démarre, ils font une analyse du sol avant, puis trois et cinq ans après », développe-t-il. Le contrat s’arrête au terme des cinq ans, renouvelable une fois.

Un produit développé par une PME bretonne

Gaïago est une PME bretonne lancée il y a une dizaine d'années, spécialisée dans les solutions agronomiques innovantes en vue de revitaliser les sols. Elle développe son expertise dans le champ des prébiotiques et des probiotiques. « Un prébiotique ne contient pas de vivant, mais des éléments pour l'activer, tandis qu'un probiotique contient du vivant », nuance Valérie Jacob, responsable communication.

La particularité de Nutrigeo est d'être adossé à une solution de financement appelée Gaïago Carbone, basée sur la mesure réelle du carbone dans les sols. « C'est grâce aux champignons qu'on est capable de stocker du carbone : ils ont pour fonction de créer de l'humus. Les sols sont aujourd'hui le deuxième puits de stockage mondial après les océans, et abritent un quart de la biodiversité de la planète », souligne Valérie Jacob.

Lancé en 2022, le programme est, selon l'entreprise, le premier au monde à obtenir le label Gold Standard. Il comporte également des cobénéfices en matière de formation des agriculteurs aux bonnes pratiques et de réduction des intrants. Aujourd'hui, le produit est appliqué sur 54 000 hectares.

Les premières analyses, réalisées en juin 2025 sur 5203 ha auprès de 133 agriculteurs, affichent une captation moyenne de 3,1 tonnes par hectare, contre 8,7 tonnes de carbone sur sa parcelle expérimentale. Ce qui le place dans le haut du classement.

Des résultats qu’il explique en partie par la richesse de ses sols. Sur son exploitation cauchoise de taille moyenne, où poussent lin, betteraves, pommes de terre, céréales, pois et maïs, dont un tiers en agriculture biologique, l’agriculteur met en avant des pratiques soucieuses en apport.

Fumier et compost permettent d’améliorer le taux de matière organique. « La terre fonctionnait déjà bien. Mais on l’a fortement améliorée grâce à ce produit », insiste-t-il.

Garder l’eau à la parcelle

Au-delà de la séquestration du carbone, le Nutrigeo est devenu pour l’agriculteur un outil supplémentaire pour préserver la structure de ses sols.

« Ma préoccupation, c’est le ruissellement, admet-il. Quand on m’a expliqué que ça agissait aussi sur l’infiltration, que ça améliorait la vie du sol, les micro-organismes, que ça agissait à plusieurs niveaux, j’y ai vu une formule qui me correspondait. »

Concrètement, plus un sol est riche, moins il est compact. « Plus il absorbe », complète l’exploitant soucieux de l’impact de son activité sur l’environnement, en particulier sur les sols et le ruissellement.

Dans le pays de Caux, les sols limoneux sont sensibles au tassement et à la battance. « S’il y a beaucoup d’eau, la terre devient dure et ça ruisselle », décrit le professionnel du vivant.

Lorsque les sols infiltrent mal l’eau, les pluies s’écoulent en surface. L’objectif pour l’agriculteur est au contraire de renforcer la capacité de rétention des sols, afin que l’eau s’infiltre et ne ruisselle pas vers les habitations en contrebas. « La terre, c’est un patrimoine, résume-t-il. Celle qui part de ma ferme est perdue. »

L’agriculteur garde surtout en mémoire les inondations du 12 mai 2024 à Hermanville. « On a eu 65 mm en 35 minutes », se remémore-t-il.

Les producteurs de cultures de printemps avaient été montrés du doigt, se souvient-il. « Ce sont des cultures qui génèrent du ruissellement. Quand vous avez un très gros orage sur un sol fraîchement travaillé, ça occasionne des écoulements. Nous, les pommes de terre venaient juste d’être plantées et l’orage est arrivé dans l’après-midi. »

Un pari gagnant

Hermanville est situé en aval du bassin-versant d’Ablemont. « C’est un peu comme un entonnoir. L’accumulation fait qu’à la fin, à Hermanville, ils ont dégusté. Moi, j’avais été touché légèrement sur mes champs. Mais ce n’est rien à côté des dégâts dans une maison », relate l’exploitant.

À l’époque, la municipalité avait adressé un courrier aux agriculteurs en amont, leur demandant de réfléchir aux aménagements possibles contre les ruissellements, qui puissent bénéficier au territoire. « Il fallait trouver des solutions », comprend rapidement Sébastien Boury.

Dans son calcul, plus un sol est vivant et structuré, plus il capte et conserve l’eau. « Si on augmente les taux de matière organique, forcément, le ruissellement va diminuer », remarque-t-il.

De son côté l’entreprise préfère voir dans son produit une contribution à la lutte contre le dérèglement climatique.

« Pour faire simple, les champignons produisent une colle fongique, qui agglomère les particules entre elles, cela va restaurer la fertilité hydrique des sols, qui va reprendre sa fonction d’éponge. Il va effectivement mieux retenir l’eau et lutter contre le ruissellement même si ce n’est pas l’effet premier qui est recherché », confirme Valérie Jacob, responsable communication de l’entreprise qui travaille sur ce produit en partenariat avec une chaire de recherche de l’institut polytechnique UniLaSalle Rouen.

Ces résultats viennent aussi conforter un pari financier. Car le produit a un coût: 16000 euros par an. « Je paye le produit. Donc, il faut y croire », reconnaît le cultivateur.

Mais le modèle prévoit un retour sur investissement. Le carbone capté est revendu entre 25 et 30 euros la tonne sur le marché de la compensation volontaire à des entreprises engagées dans la trajectoire de neutralité carbone.

« C’est un mécanisme différent de la compensation carbone: le fameux pollueur-payeur. Sur le marché de la compensation volontaire, une entreprise va acheter un crédit carbone à haute valeur comme le nôtre, quand elle est déjà engagée dans la stratégie bas carbone et n’a plus que des émissions résiduelles qu’elle ne pourra pas compenser », décrit Valérie Jacob.

Les crédits sont en cours d’émission, assure la PME bretonne. Près de 1,2 million d’euros seront redistribués aux agriculteurs de la première promotion, dont Sébastien Boury.

« Au départ, j’ai pris un risque. Mais au final, je gagne sur le ruissellement, je gagne sur la biodiversité du sol et il y a un retour sur investissement », conclut Sébastien Boury.
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1, Nutrigeo ne contient pas d'algues, il est contient les éléments indispensables à l'activation de la microflore, parmi lesquels des acides organiques spécifiques, des polysacharides et un complexe d'oligo-éléments.

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